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Enough or alive

Nous portons en nous des traces de vécu, des empreintes de rencontres, d’images, de joies, de désirs, de références, de blessures, de souffrance, de silences, ... Ces immatériels intimes et la manière selon laquelle nous choisissons de les laisser apparaître et de les comprendre, constituent l’étoffe première du tissage de toute relation.

 

Enough or alive succède au travail sur la compréhension d’abord intérieure que l’artiste a développé dans nombre de pièces et d’exposition antérieures, pour le concevoir maintenant comme semence pour la relation à autrui. Su-Mei Tse exprime ici la réalisation de soi qui contribue – comme une bonne graine – à la rencontre de l’autre et, réciproquement, l’impact de l’arrivée d’autrui dans ce processus de connaissance de soi et de traversée du monde. Les pièces qui composent Enough or alive émanent de cette épreuve dialectique de la relation et donnent forme à l’exposition, tout en suggérant le potentiel de création qui est en chacun d’entre nous.

 

Si l’interprétation de la collection privée de souvenirs de l’artiste est à la source de cette exposition, il n’y a pas ici dévoilement de détails biographiques, mais plutôt apprivoisement, puis traduction des émotions vécues en actes d’énonciation poïétique. Su-Mei Tse traduit le monde intérieur des rapports à autrui en gestes, formes, objets et images, ou encore dessins qui se déploient dans l’espace, avec précision, intensité et une certaine légèreté. Les réciprocités et les contradictions entre les matières présentes, absentes, ou ayant laissé une trace de leur passage ; les subtilités du langage, la présence des mots dits ou suggérés (Hingabe, shaping, schöpfen) et l’importance du geste créateur qui agit dans un mouvement presque cyclique (montrer par exemple les photographies imprégnées par l’eau en inversant l’impact de l’inondation de l’été dernier de manière cathartique) sont au cœur de la constellation Enough or alive.

 

Les associations discrètes que l’artiste tisse entre la vie et l’œuvre, l’intimité et l’histoire de l’art, entre les mots et les objets qui les prononcent ou les sous-entendent, donne alors place à un équilibre subtil entre force et fragilité. Ainsi, l’impalpable flottement devient sculpturalité, la lettre devient page blanche et l’incapacité de recevoir fait face à la donation de soi et au dévouement heureux, à travers une approche qui désamorce avec douceur et clarté toute dynamique de pouvoir.

 

L’artiste évoque une discussion imaginaire qu’elle aurait pu avoir avec Joseph Beuys qui, lors d’un discours sur l’Allemagne en 1985 reprenait :

 

-        Zeige deine Wunde.

Elle lui répondrait :

-         Ok.

 

Sans entendre dans ce « zeige » un impératif, mais plutôt une invitation à apprivoiser sa vulnérabilité, en réalisant ainsi un passage mystique de l’ombre à l’amour.

 

SOFIA ELIZA BOURATSIS

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Enough or alive

We carry within us traces of lived experience, imprints of encounters, images, joys, desires, references, wounds, suffering, silences... These immaterial intimacies and the way in which we choose to let them surface and understand them constitute the basic fabric of all human relations.

 

Enough or alive comes on the heels of the artist’s work on inner understanding, which she has developed in previous pieces and exhibitions and which is here conceived as the seed for a relationship with the other. Su-Mei Tse expresses the premise of self-realisation which – much like a good seed – contributes to the encounter with the other and, reciprocally, the impact of the other’s arrival in this process of self-knowledge and crossing the world. The works that compose Enough or alive emanate from this dialectical experience of relationships and give shape to the exhibition while simultaneously evoking the creative potential that lies dormant in each of us.

 

While the interpretation of the artist’s private collection of memories lies at the source of this exhibition, nothing here suggests an unveiling of biographical details, rather a taming and subsequent translation of experienced emotions into acts of poïetic enunciation. Su-Mei Tse translates the inner world of our relationships to others into gestures, shapes, objects, images and drawings that unfold in space with precision, intensity and a certain lightness. The reciprocities and contradictions between the materials that are present or absent or that have left a trace of their passage; the subtleties of language, the presence of enunciated or suggested words (Hingabe, shaping, schöpfen) and the importance of the creative gesture, which unfolds in a near-cyclical movement (for instance when cathartically reversing the impact of last summer’s flood by exhibiting soaked photographs from her storage), are at the heart of the constellation formed by the works in Enough or alive.

 

The discreet associations the artist weaves between life and artwork, intimacy and art history, between the words and the objects pronouncing or implying them, thus give way to a subtle balance between strength and fragility. The impalpable floating becomes sculpturality, the letter becomes a blank page, and the inability to receive is faced off by the gift of self and joyful devotion, through an approach that gently but clearly defuses any dynamic of power.

The artist relates an imaginary discussion with Joseph Beuys who, in a speech about Germany in 1985, reiterated his famous statement:

 

– Zeige deine Wunde. (Show your wound.)

She answered:

– OK.

 

Understanding his injunction not so much as an imperative but rather as an invitation to face one’s own vulnerability, thus realising a mystical passage from shadow to love.

 

SOFIA ELIZA BOURATSIS

Translation: Patrick (Boris) Kremer

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